A priori tout les oppose. D’un côté Frédéric Chopin, compositeur romantique, dont l’œuvre hautement sensible est entièrement tournée vers le piano. Et de l’autre, notre contemporaine Kaija Saariaho, à l’écriture fragile et nerveuse, qui passe du solo à l’opéra. Et pourtant, un thème les relie : l’exil. Les deux compositeurs ont quitté leur pays natal (la Pologne pour l’un, la Finlande pour l’autre) pour venir s’installer à Paris. Le concert propose un jeu de miroir entre des pièces chambristes de Saariaho et de Chopin. De la première, le Trio pour piano, violoncelle et alto, composé en 2003 pour le Carnegie Hall, fait référence par son titre « Je sens un deuxième cœur » à la relation entre une mère et l’enfant qu’elle porte dans son ventre. Au-delà, c’est une métaphore de l’acte musical, dont la base est la communication entre les êtres. A l’origine pour piano, violon et violoncelle, le Trio en sol mineur de Chopin est ici donnée dans une version avec alto au lieu du violon. Un choix qui se justifie par une lettre écrite par Chopin en 1830, dans laquelle il avouait préférer l’alto au violon. Nonobstant la jeunesse de son compositeur, cette partition prend ses libertés par rapport au modèle chambriste classique. Autre point commun entre Chopin et Saariaho : ils ont tous les deux composé des ballades pour piano, exploitant le potentiel expressif de l’instrument. Après ces pièces, le concert s’achève avec une œuvre de la compositrice finlandaise : Vent Nocturne pour alto et électronique prend comme point de départ les poèmes de Georg Trakl. Kaija Saariaho les a lus dans une édition bilingue, et emploie ainsi l’alto et l’électronique comme déclinaisons de l’allemand et du français.